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Veiller à Boston en toute sécurité
Mon premier voyage à Boston s'était produit en 1995, alors que tous les étudiants du dernier niveau du secondaire du Séminaire de Sherbrookes'étaient rendu dans la ville des Bruins. Nous avions été bien informés à ce moment des cartiers moins recommandables de la ville, dont le cartier chinois et le coin entourant le Fenway Park, domicile des Red Sox.
Quelle ne fut pas ma surprise cette semaine d'apprendre de la part d'un de mes étudiants que le cartier du Fenway Park s'est embourgeoisé au point de devenir le cartier trendy de la ville! Bref, c'est un peu comme l'histoire du plateau Mont-Royal, où personne ne voulait aller vivre en 1995 à part certains artistes au tempérament suicidaire...
Devant la nécessaire obligation de découvrir un nouveau bar, comme à chaque vendredi soir à l'étranger, je me suis donc dirigé vers l'ouest de Boston, à l'ombre du Fenway Park (bon, à 23h on ne peut pas vraiment parler d'ombre, mais vous comprenez le principe!). Le cartier a effectivement beaucoup changé d'allure. Les manufactures désafectées ont fait place aux condos, et les hangars lugubres d'il y a dix ans sont disparus au profit d'une multitude de bars donnant directement sur le state du Fenway Park. Mais il s'agit toujours d'hangars, ce qui donne à chaque bars une nostalgique attitude rave. La preuve, on y joue du techno.
Tant qu'on entende pas de Hip Hop, le techno ne cause certainement pas de problème. Je jète mon dévolu sur l'Avalon, un endroit dont j'avais déjà entendu
parler et qui est forcément une coche au dessus de la moyenne.
Surprise: j'y apprend que Second Sun, deux D.J. de Montréal, y joueront bientôt, mais pas ce soir. Dommage, j'aurais fait d'une pierre deux coups.
À peine entré dans l'ancien entrepôt convertis en bar techno, je vois qu'on procède à une fouille en règle pour chacun des clients (enfin, tout le monde sauf ceux qui se trouve sur la guest list). Sachant que je ne me promène pas avec un Famas dans les mains (contrairement à un lointain voyage en France!), je montre gentiment le contenu de mes poches aux goons de service et les laisse inspecter le contenu de mon manteau.
Premier problème: un stylo provenant de l'hotel Fairmont à Vancouver. Il semble qu'il s'agit ici d'une arme, ce qui est plutôt ironique vu le pays où je me trouve. L'agent de sécurité place le stylo dans la poche de son veston, ce qui me crève un peu le coeur sachant que la chaîne Fairmont sera bientôt avalée par un compétiteur et que ce stylo pourrait fort bien devenir un objet de collection en soit. Tant pis. Ce ne sera pas la première fois que je laisse des objets derrière
moi. L'agent de sécurité s'en prend ensuite à un marqueur jaune qui trainait lui aussi dans mon manteau. Un stylo pointu, je veux bien. Mais comment est-ce qu'un vandale pourrait bien arriver à faire du mal avec un marqueur jaune?
Un stylo, un marqueur, un paquet d'allumettes et 18$US plus tard, me voilà enfin dans le bar. J'ai presque le sentiment d'avoir passé le poste de sécurité d'un aéroport. Il est presque minuit, et il reste deux heures à la soirée, sachant qu'à Boston un bar doit fermer à 2h00 du matin.
Je me dirige vers le bar et commande une Heineken. Le barman sort une rassurante bouteille verte et, horreur, un verre en plastique. Je lui ordonne sur le champ de me laisser simplement la bouteille, et on me répond que c'est impossible car je pourrais la lancer dans la foule.
(!)
Le cartier du Fenway Park s'est peut-être embourgeoisé, mais à voir la méfiance des commerces envers la clientèle, c'est à en croire que les nouveaux habitants sont tous de riches terroristes fous dont on doit se protéger!
La musique et le système de son de l'endroit étaient fort heureusement excellents, et je peux maintenant affirmer avec plaisir que si la tendance se maintient (et que les bars de Montréal continuent de cloner les phénomènes américains avec un an de retard!), le Hip Hop disparaitra bientôt des bars à tout jamais.
Ce qui ne sera pas une perte en soit.



